Vous avez posé la main sur le grimoire.
Le contact a été simple, presque anodin. La couverture était tiède sous vos doigts, comme si le livre avait gardé la mémoire de toutes les mains qui l’avaient effleuré sans oser rester. Puis quelque chose a cédé — non pas dans le monde, mais dans l’espace entre vous et lui.
La clairière s’est ouverte.
Pas devant vous.
Autour de vous.
Le brouillard s’est levé doucement, et vous n’êtes plus dans l’atelier. Vous êtes dedans. Hapé sans violence, sans chute, simplement glissé de l’autre côté de la page. L’air a changé. Plus humide. Plus vivant.
Sous vos pas, la terre respire.
Le froissement discret des feuilles accompagne votre avancée. Des fougères déroulent leurs frondes avec lenteur. De petits champignons pâles émergent d’un tronc moussu, fragiles et silencieux. Une toile fine, suspendue entre deux branches, recueille la brume en perles minuscules. Le chant obstiné d’un insecte pulse dans l’air, rejoint par d’autres vibrations minuscules — un monde qui existe sans vous attendre, mais qui vous accepte.
Rien d’extraordinaire.
Et pourtant, tout semble intact.
Le brouillard n’efface rien ; il suspend seulement les certitudes. Vous avancez à tâtons, la main effleurant l’écorce rugueuse d’un arbre ancien. Chaque pas vous ancre davantage. Vous ne traversez pas ce lieu. Vous en faites déjà partie.
La clairière s’étire, paisible. Puis, presque imperceptiblement, elle s’amenuise derrière vous.
La forêt se resserre. Les troncs deviennent plus hauts, plus droits. Les bruits d’insectes se raréfient.
Le silence, ici, n’est pas vide. Il écoute.
Et alors, entre deux racines noueuses, vous la voyez.
Une pierre dressée.
Ni monument, ni menace. Simplement présente. Comme si elle vous attendait depuis toujours.
Sa surface est gravée de trois marques profondes.
La première : une empreinte ouverte, semblable à une main posée à plat.
La seconde : une étoile à trois branches fines, comme une direction qui ne pointe pas vers l’extérieur, mais vers l’intérieur.
La troisième : un cercle inachevé, dont l’ouverture semble attendre d’être refermée.
Aucun mot.
Aucune explication.
Mais vous comprenez une chose : le grimoire savait. Il ne vous a pas mené ici par hasard. Ce lieu n’est pas un décor. C’est un seuil.
Quel symbole choisissez-vous d’activer ?
Texte original © Draganne – Univers du Codex d’Yzyr Toute reproduction ou utilisation est interdite sans autorisation.
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