Le Seuil d'Yzyr - Chapitre II

Vous avez posé la main sur la première page.
Sans intention déclarée.
Sans lumière à défendre.
Sans ombre à revendiquer.
Le cuir du grimoire était tiède, presque vivant sous vos doigts.
Lorsque la couverture s’est ouverte, l’atelier n’a pas disparu. Le béton, la table, les outils étaient toujours là. Rien n’a tremblé. Rien ne s’est effondré.
Et pourtant…
Les pages étaient vierges.
Un blanc profond, dense, qui n’avait rien d’innocent. Ce n’était pas l’absence d’histoire. C’était une attente.
Sous votre paume, le papier a très légèrement frémi.
Puis une ligne s’est dessinée. Fine, presque timide. Elle n’est pas venue d’un encrier, ni d’une plume. Elle est née du contact.
Un trait est devenu horizon.
Un second s’est étiré, irrégulier, comme le relief d’une terre encore informe. Les lignes ne s’imposaient pas : elles se révélaient, lentement, comme si le paysage cherchait sa propre mémoire.
À mesure que les contours prenaient forme, l’air de l’atelier changeait.
Il gardait l’odeur du béton, mais quelque chose d’autre s’y mêlait — une senteur de mousse, de terre humide, de vent ancien.
Le blanc s’est teinté de nuances.
Des ombres légères ont suggéré des arbres.
Une lumière diffuse a ouvert une profondeur.
Le paysage ne jaillissait pas brutalement.
Il se construisait comme un souvenir que l’on retrouve.
Bientôt, la page n’était plus une page.
C’était une lisière.
Devant vous s’étendait une clairière.
Ni entièrement baignée de soleil, ni engloutie d’obscurité.
Un lieu suspendu. Un commencement.
Le grimoire ne vous avait pas transportés ailleurs.
Il avait tracé le seuil sous vos doigts.
Et maintenant, le paysage attend.
Texte original © Draganne – Univers du Codex d’Yzyr Toute reproduction ou utilisation est interdite sans autorisation.

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