Le grimoire est posé sur la table de l’atelier.
Il est terminé depuis longtemps. Trop longtemps pour un livre qui n’a jamais trouvé son voyageur.
Autour de lui, le béton nu, le désordre familier, les objets qui naissent ici puis s’en vont, reviennent, repartent encore. Lui aussi a voyagé. Expositions, marchés, festivals. Il a traversé des routes, des saisons, des mains hésitantes. On l’a regardé comme on regarde une chose étrange. On l’a parfois ouvert. Jamais choisi.
Je me suis souvent demandé pourquoi.
Peut-être parce qu’il ne promet rien. Peut-être parce qu’il ne rassure pas. Peut-être parce qu’il semble attendre quelque chose que peu osent offrir.
Ce jour-là, pourtant, l’atelier n’était plus tout à fait le même.
L’air était plus dense, chargé d’une présence sourde, presque ancienne. Le grimoire ne reposait plus simplement sur la table : il pesait. Comme si le temps, autour de lui, avait ralenti.
Il en avait assez d’être ramené ici, intact, silencieux, inemployé.
Assez d’être un seuil que personne ne franchit.
Ce grimoire n’est pas une histoire à lire.
C’est un passage.
Il n’ouvre pas ses pages au hasard. Il observe. Il écoute. Il reconnaît l’intention avant le geste. Ce que chacun porte en soi — lumière offerte, désir de contrôle, curiosité trouble ou appel de l’ombre.
Aujourd’hui, il a décidé de livrer une part de sa vérité.
Pas à tous.
Pas sans conséquence.
Reste une question, suspendue dans l’atelier :
qui osera poser la main sur la première page…
et surtout, avec quelle intention ?
Texte original © Draganne – Univers du Codex d’Yzyr Toute reproduction ou utilisation est interdite sans autorisation.
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